La migration des grands salmonidés en Garonne

Gironde/Garonne/Dordogne : La migration des grands salmonidés en Garonne n’a pas repris avec la fin d’année

Magnifique truite de mer de 63 cm, vivante en juin 2009, mais « cuite » cet été dans les eaux chaudes de Garonne Photo Migado

Dans la précédente Lettre Saumons d’octobre 2009 (voir l’article ci-dessous), nous avions salué les acteurs du bassin de la Garonne qui effectuent un suivi à la fois de la migration des grands salmonidés, mais aussi des paramètres fondamentaux de la qualité du fleuve et de son estuaire : température, oxygène dissous et débit en périodes sensibles estivale et automnale.

L’association Migado avait ainsi comptabilisé à la mi-juillet en Garonne, au droit de l’obstacle de Golfech (1er obstacle à 270 km de l’océan et le seul jusqu’à Toulouse à 370 km de l’océan), le passage de 223 grands salmonidés (68 saumons et 155 truites de mer). Or, deux mois et demi après, et une centaine de kilomètres plus haut, seuls 46 de ces poissons étaient parvenus à Toulouse.

Nous attendions les premières crues automnales, pour observer une reprise éventuelle de la migration de ces grands salmonidés vers les eaux plus fraîches de l’amont de Toulouse...

Eh bien non, la migration n’a jamais repris malgré des conditions hydrologiques satis-faisantes en raison de la chute importante de la température de l’eau, consécutive à la fonte de la première neige tombée sur les Pyrénées aux environs du 20 octobre.

Que sont devenus ces quelques dizaines de grands salmonidés ?

La Garonne est une habituée de la disparition des grands migrateurs sur la centaine de kilomètres qui sépare la plaine d’Agen et Toulouse.

Pas d’obstacles, susceptibles de gêner la migration, certes une grosse confluence, celle du Tarn, peu propice à la survie de nos migrateurs égarés. Mais dans « continuité écologique », il y n’a pas que la succession de seuils, mais aussi la qualité de fonctionnement de l’écosystème aquatique et ses paramètres fondamentaux : le débit, la température et l’oxygène.

Si cet été le paramètre débit n’a pas trop été pénalisant du fait des opérations de soutien d’étiage depuis les lacs pyrénéens, la canicule subie par les populations humaines en plaine, s’est également fait ressentir par nos amis à écailles.

La température moyenne de l’eau a ainsi atteint en seconde quinzaine d’août, pendant dix jours consécutifs, plus de 26°C en plaine agenaise (avec des pics à 29 C...) et de 22 à 25°C en pointe à Toulouse.

Un dizaine de jours dans ce « court bouillon » et nos truites de mer ont sans doute été cuites...

Espérons que l’été 2010 ne soit pas aussi caniculaire en plaine garonnaise.

Extrait de la Lettre saumons du 4e trimestre 2009, page 5 : Gironde/Garonne/Dordogne, la migration des grands salmonidés en Garonne

Saluons les acteurs du bassin de la Garonne qui tentent depuis quelques années un suivi à la fois de la migration des grands salmonidés, mais aussi des paramètres fondamentaux de la qualité du fleuve et de son estuaire : température, oxygène dissous et débit en périodes sensibles estivale et automnale.

C’est ainsi que l’association Migado (Migrateurs-Garonne-Dordogne) avait comptabilisé à la mi-juillet en Garonne, au droit de l’obstacle de Golfech (1er obstacle à 270 km de l’océan et le seul jusqu’à Toulouse), le passage de 223 grands salmonidés (68 saumons et 155 truites de mer, le 1er saumon étant entré le 6 janvier 2009 (juste avant les premières indisponibilités de l’ascenseur).

Or, deux mois et demi après et une centaine de kilomètres plus haut, seuls 46 de ces poissons (19 saumons atlantiques et 27 truites de mer) sont parvenus à Toulouse. Sur les 68 saumons vus à Golfech, 13 ont été transférés vers la salmoniculture de conditionnement de Bergerac sur la Dordogne.

A l’occasion des premières petites crues automnales, il faut espérer que la migration de ces grands salmonidés reprenne et qu’ils parviennent enfin dans les eaux plus fraîches de l’amont de Toulouse.

L’arrêt des migrations de la fin juin à la fin septembre est classique en Garonne. La baisse des débits, consécutive à l’entrée en étiage après la fonte des neiges (à la mi-juin 2009 : 500 m3/s à Agen puis 100 m3/s à la mi-juillet) et l’augmentation de la température de l’eau obligent ces grands migrateurs à s’adapter comme sur bon nombre de grands fleuves sous ces latitudes.

Si cet été le paramètre débit n’a pas trop été pénalisant du fait des opérations de soutien d’étiage depuis les lacs pyrénéens, pilotées par le syndicat de la Garonne, la canicule subie par les populations humaines en plaine, s’est également fait ressentir par nos amis à écailles.

La température moyenne de l’eau a ainsi atteint en seconde quinzaine d’août, pendant dix jours consécutifs, plus de 26°C en plaine agenaise et de 22 à 25°C en pointe à Toulouse. Depuis le mois de septembre l’eau a heureusement retrouvé des valeurs plus satisfaisantes pour nos adultes de grands migrateurs.

Espérons que les saumons et truites de mer aient survécus. Qu’ils ne se soient pas trop égarés vers le Tarn et qu’ils parviennent au plus vite, soit au confluent de l’Ariège, soit au piège de Carbonne en Garonne : soit à 410 km de l’océan où ils seront pris en charge par les équipes de Migado et rejoindront plus confortablement les rivières froides du piedmont pyrénéen grâce aux efficientes opérations de piégeage-transport.

Dans le contexte annoncé de grands changements climatiques, rappelons-nous que c’est en altitude que l’air et l’eau se rafraîchissent. Aussi il n’est pas aberrant, bien au contraire, d’envisager sur un fleuve géré comme la Garonne et dont les multiples sources jaillissent de la haute montagne, d’envisager de gérer de façon innovante cette petite population de salmonidés grands migrateurs.

Le milieu et les acteurs sont là avec leurs expériences, savoir-faire et moyens. Il n’est pas interdit d’innover en recherchant, autour d’un objectif simple de conservation d’une population fragile existante, un équilibre entre les multiples activités humaines et approches halieutiques qui doivent évoluer : réconcilier enfin l’écologie aquatique, l’économique et le social sur nos sous-bassins versants pyrénéens.

Jean-Paul COEURET