L’alternative au barrage de Poutès sur le haut Allier est validée

Le devenir de Poutès sur le haut Allier

Ce printemps, une avalanche de projets alternatifs à l’aménagement des ouvrages : le premier à la mi-avril agace, le second le 28 juin séduit. Puis, le 6 octobre, devant l’association nationale des maires de la montagne, l’ANEM, la ministre de l’écologie officialise l’alternative à Poutès.

Photo : Juin 2011, l’Allier en étiage en aval immédiat de l’usine de Poutès-Monistrol à 850 km de l’estuaire. En 2011, 118 saumons y sont parvenus sur les 755 saumons vus à Vichy (653 km de l’estuaire)

Le rappel des évênements :

Après 71 ans d’exploitation, la concession du barrage de Poutès a pris fin le 31 janvier 2007, les associations demandant depuis longtemps son effacement.

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, après deux ans de discussion, intervient le 23 juin 2010 la signature d’une « convention pour une hydroélectricité durable » qui reste muette sur le devenir de Poutès.

Seul engagement, celui d’un renouvellement de la concession à EDF qui promet une alternative innovante en amont de l’ouvrage, pour une même production électrique.

Des mois passent et le 13 avril 2011, une alternative est présentée qui agace les ONG. La fameuse alternative amont, tant attendue, est abandonnée. Elle est remplacée par un ouvrage classique au droit de l’ancien barrage : 3 à 5 m de haut, abandon du clapet effaçable au profit d’une voûte en béton, l’échelle à poissons passe de 25 à 40 m, le débit réservé transite par une vanne de fond... Bref, tout pour plaire, le projet fâche les ONG et l’administration le rejète.

Le dernier épisode :

Le 28 juin, enfin un projet conjoint d’EDF et de l’Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques) qui séduit tout le monde.

Le seuil de 17 m passe à 4 m, la retenue de 3,7 km à 350 m (terminé les éclusées), de vrais dispositifs de montaison et dévalaison, un débit réservé qui double à 5 m3/s, un clapet central effaçable pour la continuité sédimentaire, les adultes doivent passer l’ouvrage en moins de 5 jours et les smolts en 1 jour avec un taux de survie supérieur à 90 %, un productible maintenu à 33 GWh, soit 80 à 95 % de la productivité du site.

Voici, avec l’accord d’EDF et de l’Onema, l’aménagemnent AVANT et APRES

LE PLAN D’EAU AMONT :

AVANT
-  Longueur de la retenue : 3.700 m
-  Volume utile : 1.676.000 m3

APRES
-  Longueur de la retenue : 350 m
-  Volume utile : 14.000 m3
-  Un marnage dans la retenue limité à +/- 6 cm
-  Un Temps de séjour < 1/2 heure
-  Les smolts doivent pouvoir traverser le plan d’eau en moins d’un jour.

LE BARRAGE :

AVANT
-  Hauteur : 17 m
-  Débit réservé : 2,5 m3/s Le vieil Allier quasiment asséché de 1941 à 1983, date du passage du débit réservé de 0,5 à 2,5 m3/s.
-  Un fonctionnement par éclusées en aval de l’usine de Poutès-Monistrol

APRES
-  Hauteur : 4 m
-  Débit réservé : 4 à 5 m3/s pour une forte attractivité dans la dizaine de kilomètres du vieil Allier
-  La fin des éclusées
-  Un clapet central effaçable pour les continuités sédimentaires et écologiques
-  Une passe à poissons de 13 bassins à fente, en remplacement de l’ascenseur construit en 1986 et un vidéo comptage.

Espérons maintenant que ce projet, 10 millions d’euros à la charge d’EDF, voit vite le jour.

Les générations de saumons de l’axe Loire-Allier, et celles de leurs défenseurs, ont été assez patientes depuis la construction de l’ouvrage en 1941.

Même si nous ne pouvons qu’applaudir la solution finalement adoptée, restons vigilants... En effet, sur les 860 km entre Poutès et l’océan il y a bien d’autres pièges. Certes, ils sont moins emblématiques, mais tout aussi pénalisants et freinent la remontée des grands migrateurs, toute espèce confondue. L’exemple du barrage des Lorrains de ce printemps 2011 a été là pour nous le rappeler.

Le Conseil d’administration de l’AIDSA