L’axe Loire/Allier par le saumon atlantique
Un parcours d’athlète !!!

Devant le stock de plus en plus alarmant de géniteurs sur les frayères de l’Allier (100 à 300 par an) l’interdiction totale de la pêche du Saumon a été décrétée en 1994 - pêche amateurs et professionnels, à la ligne et aux engins - En même temps, le PLAN LOIRE GRANDEUR NATURE élaboré par le Gouvernement sous le Ministère de Michel BARNIER, à été mis en place le 4/1/1994 dans le cadre d’un projet ambitieux, ayant pour objectif principal la libre circulation des migrateurs dans une eau de qualité, avec des dispositions spécifiques en faveur du saumon pour aider l’espèce à recoloniser l’axe de migration.

Voies de migration

De l’amont vers l’aval, quelles sont encore les principales difficultés :
-  Barrage de Saint -Etienne du Vigan sur l’Allier ; vidé en novembre 1997, la destruction des ouvrages devrait se poursuivre jusqu’en été 1998. Cet arasement permet de reconquérir une trentaine de km. de rivières, donc de frayères potentielles les plus en amont du cours d’eau Pour compléter NAUSSAC I, un deuxième barrage NAUSSAC II est en cours de réalisation. Il devrait servir à soutenir l’étiage, essentiellement pour les centrales nucléaires, les pompages agricoles, les sports d’eaux vives et peut-être la vie piscicole ! Le réchauffement des eaux en première catégorie, l’eutrophisation et l’envasement seront les mêmes constantes qui pèseront lourdement sur les frayères et les jeunes alevins.
-  Le barrage de POUTèS-MONISTROL est devenu franchissable depuis l’installation d’un ascenseur il y a une dizaine d’année à peine. Une glissière à tacons vient aussi d’être aménagée. L’ensemble reste cependant difficilement franchissable aux saumons de remontée par basses eaux et le débit minimum de 2,5 m3 fixé à EDF reste insuffisant pour une montée régulière.
-  La micro centrale de LANGEAC, facilement franchissable par les géniteurs, reste un piège pour les tacons à la dévalaison. Un arrêt complet de fonctionnement est effectué pendant un mois pour permettre cette dévalaison et des travaux complémentaires seront effectués dès que les fonds correspondant seront trouvés.
-  Le barrage de la BAJASSE à Brioude, célèbre dans les années d’après guerre, à été équipé d’une nouvelle échelle il y a une dizaine d’années. Le dispositif donne entière satisfaction et permet aussi la reprise des géniteurs.
-  Le barrage de Pont-du-Château, le seuil des Madeleines et le pont de l’autoroute peuvent maintenant être franchis sans difficultés sauf par faible débits.
-  Sur l’ALLAGNON, affluent de l’Allier, le barrage privé du Grand Pont, hors service depuis 10 ans attend toujours une démolition incertaine. Le propriétaire a depuis longtemps donné son accord, mais la commune de Lempdes et la DDA s’enlisent dans des problèmes d’études, de protection de VRD et de financements jamais trouvés. Cet excellent cours d’eau ne peut être remonté que sur une dizaine de km. Sur la DORE, autre affluent important de l’Allier, un contrat de rivière vient d’être établi entre la DDA, la Fédération des pêcheurs et EDF pour une réouverture progressive à la circulation normale des poissons à partir d’Ambert.
-  Le Pont barrage de VICHY, pour 20 millions de francs, vient d’être réaménagé : renforcement des bases, installation de deux échelles et d’une chambre de visualisation avec station de comptage. Les passes fonctionnent à condition d’adapter les débits en fonction du niveau des eaux.
-  Sur la Sioule, dernier gros affluent de l’Allier, 28 aménagements sur les 30 recencés sont réalisés jusqu’au barrage des Fades, totalement infranchissable.
-  Le Pont de REGEMORTES à Moulin, le barrage des LORRAINS et le pont du GUETIN ont tous fait l’objet de travaux et sont tous accessibles sauf par très faible étiage.
-  Une menace très sérieuse de construction d’un barrage d’écrêtement des crues pèse fortement sur le VEUDRE. Les études sont en cours et la décision sera prise fin 1998. Une grande vigilance est de rigueur.
-  La décision de construire le barrage de CHAMBONCHARD sur le Cher à été prise mais celui-ci reste surdimensionné à 80 millions de m3 au lieu de 50 pour une irrigation agricole dont les agriculteurs du Cher n’ont pas besoin et des aspects touristiques surestimés. Le danger d’eutrophisation est très important comme pour le barrage de Villerest sur la Loire inutilisable pour le tourisme pendant plusieurs mois. L’Etat n’a pas encore décidé de son financement et il faut espérer qu’une limitation du financement ramènerait ce projet à un niveau raisonnable. Deux très bonnes nouvelles : la décision enfin définitive d’araser le barrage de MAISONS-ROUGES sur la Gartempe (été 1998) et celle de ne pas implanter de centrale nucléaire à l’estuaire de la Loire.

Qualité de l’eau

La pollution est de plus en plus présente dans l’amont des cours d’eau. On trouve des nitrates (engrais excédentaires de l’élevage et de l’agriculture) et des phosphates (épandages agricoles et rejets ménagers peu ou pas traités). Des ruisseaux à quelques km de leur source sont déjà impropres à l’installation d’incubateurs. Il y a actuellement une prise de conscience en Auvergne des effets polluants des porcheries industrielles et de nombreux conflits sont en cours pour s’opposer à l’implantation d’installations trop importantes. En aval, en plus des nitrates et des phosphates, nous trouvons les diverses pollutions chimiques engendrées par l’industrie. Le problème des grosses agglomérations est posé car les stations d’épuration sont notoirement insuffisantes, qualitativement et quantativement. On constate un retard important dans les mises aux normes européennes ; citons sur l’Allier, en particulier Brioude, Issoire, l’agglomération Clermontoise (50 % des eaux usées sont peu ou mal traitées), VICHY (75 %). Des modifications importantes devraient voir le jour d’ici l’an 2000 à condition que la mise en place des financements correspondants soit effective. On retrouve les mêmes problèmes de pollution par les grosses agglomérations sur le cours de la Loire et en plus il y a le fameux bouchon vaseux de l’estuaire dont les effets se sont considérablement aggravés ces dernières années grâce aux rejets polluants en quantités importantes, à l’approfondissement du lit de la Loire pour permettre l’accès à l’amont de grosses unités navales, et au brassage incessant des drageuses suceuses du port de Nantes. Une étude de “modélisation” vient seulement d’être lancée pour faire reculer de 10 à 20 km. l’effet de la marée, mais parallèlement, un renforcement des capacités d’accueil des ports est envisagée en zone Est.

Et... le saumon ?

Courageux seigneur des rivières, il n’abdique pas, mais le stock des géniteurs, malgré l’interdiction totale de la pêche reste dangereusement bas. Depuis l’installation de la station de comptage à Vichy en Avril 1996, il a été recensé :
-  en 1996 du 17/4 au 31/12, 235 saumons et 7 truites de mer
-  en 1997 du 1/1 au 31/8, 385 saumons et 10 truites de mer Plus de saumons de 3 ans de mer en 1997, dû certainement au comptage sur une saison entière de remontée, les gros saumons étant en général plus précoces et donc présents en début de saison. Nous ne savons rien des pêches en mer résiduelles aux filets dérivants et connaissons quelques cas de braconnage aux filets en rivière et de quelques prises “accidentelles” à la ligne. Par contre un braconnage légalisé s’est institué en Basse-Loire avec l’autorisation de la pêche aux filets de la truite de mer. Cette pêche quasi inexistante avant la fermeture du Saumon à été autorisée par le COGEPOMI, malgré l’opposition du CSP, l’insuffisance des stocks de cette espèce (7 en 1996 et 10 en 1997 à Vichy) et la confusion facile avec le Saumon. Doit-on tolérer le risque de prélèvement des derniers géniteurs potentiels ? Pas de statistiques sur le prélèvement des tacons par les cormorans lors de la dévalaison (avril-mai) car ces oiseaux maintenant trop protégés ne tiennent pas la comptabilité de leurs méfaits. Avec le parrainage et l’intervention effective d’associations protectrices du saumon et d’APPMA, trois incubateurs ont été mis en service, l’un en 1995, et deux en 1996. Sept autres seront programmés dans les années à venir. Enfin l’élément le plus important de cette restauration consiste en la réalisation d’une importante salmoniculture à Chanteuges dans la Haute Loire qui sera financée de la façon suivante (en millions de francs) : EPALA 18 Agence de l’Eau 8 EDF 8 Ministère de l’Environnement 4 FNADT 3,5 CSP 3 Région Auvergne 1,5 LOGRAMI 1 Total 5O millions de Francs.

Malheureusement, des insuffisances de coordination et une incompétence manifeste d’un bureau d’études ont entraîne 2 ans de retards. Ces retards irrattrapables entraînent des conséquences néfastes sur le programme de repeuplement, quantativement et qualitativement (l’absence d’installation empêche la reprise de géniteurs sauvages). L’alevinage actuel est encore produit à l’aide d’enfermés, poissons n’ayant jamais vécu en mer, d’ou vraisemblablement des différences de comportement et à terme des modifications génétiques. Il suffit de voir la dérive actuelle des souches de truites de réempoissonnement ! Nous n’aborderons pas ici les conséquences désastreuses sur les retombées escomptées ! Voici un bilan de la situation actuelle peu enviable du saumon de l’Allier et corrélativement des pêcheurs sportifs, mais que ce constat alarmant n’occulte en rien les efforts et les espoirs de demain. Puissent ces lendemains nous apporter des eaux propres et libres, des Saumons retrouvés et qu’une ECONOMIE RAISONNEE pour rentabiliser les lourds investissements présents et à venir soit mise en place, basée sur le tourisme et la pêche sportive. La nature est ainsi faite que nul être ne peut survivre sans but et sans espoir ! n J. C. GERY Président de S.O.S. Saumon Loire-Allier