Gyrodactylus, quelle plaie !

GYRODACTYLUS, QUELLE PLAIE !

En ce beau matin de juin 2009, nous traversons un fjord avant d’en longer un autre. Nous passons un pont sur une rivière, une rivière à saumon bien sûr puisqu’il n’y a que çà en Norvège. Heureux pays ! Aage VOLDE pilote notre expédition.

C’est le président de l’association des propriétaires privés de rivières norvégiennes, c’est à dire de tous ces gens à qui l’on paye un droit pour pêcher le saumon depuis leur berge sur la longueur de parcours dont ils sont détenteurs. Quel beau métier !

Nous voici bientôt au fond d’un fjord dans lequel se jette une petite rivière, la Mana, large comme la moitié d’un grand boulevard parisien et propriété du club de Aage.

A cet instant, nous commençons à comprendre que les apparences idylliques des lieux sont trompeuses. Dans le Club House, des affiches et explications en tous genres nous expliquent que la guerre est déclarée : la guerre au Gyrodactylus salaris.

Dehors, un autre bâtiment attend les éventuels pêcheurs. Pourvu d’une douche, on y désinfecte obligatoirement tout le matériel destiné à tremper dans l’eau, c’est une petite partie du prix à payer pour pêcher.

Le Gyro, un indésirable venu de la Baltique, où les saumons le tolèrent, a décimé les populations norvégiennes de saumons depuis vingt ans, sans qu’on n’y prenne garde, avant qu’il ne soit trop tard. Résultat : près de cinquante rivières anéanties.

Comment le Gyro s’y prend-il pour tuer ?

C’est ni plus ni moins qu’une sorte de petite sangsue d’un demi-millimètre qui se fixe sur les alevins et les parrs de saumon pendant leur vie en eau douce.

Grâce à une sorte de ventouse digitée, l’opisthaptor, cet asticot peut se servir tranquillement de sa gueule râpeuse pour se nourrir et créer des lésions cutanées et branchiales aux poissons. Dans le même temps, il donne naissance à un autre parasite, aussi gros que lui, qui contient déjà un troisième exemplaire, à la manière des poupées russes. Les saumons et autres salmonidés juvéniles qui abritent parfois mille de ces parasites succombent, on le devine, à une infection généralisée.

On n’a pas de moyen de lutte spécifique contre le Gyro. La seule chose à faire, c’est d’empoisonner toute la rivière avec de la roténone (en attendant de trouver mieux), ce qui la débarrasse du Gyro aussi bien que des saumons et autres poissons. En même temps, on met un cierge pour que par la suite, il n’y ait pas de ré-infestation. C’est ce qui a été fait en 1993 sur la Mana. Après trois ou quatre ans, les saumons sont revenus. Ils sont plus gros, en moyenne, qu’avant. Tant mieux, mais on a certainement perdu une des caractéristiques génétiques de la population d’avant. Ne nous plaignons pas, il n’y a pas eu pour l’instant de ré-infestation.

Nous voici maintenant sur les bords de la Rauma, une rivière géante par rapport à la Mana. La Rauma roule ses eaux vertes et transparentes jusqu’à Andalsnes, son estuaire. Son histoire est consternante. Traditionnellement très riche en saumons, la Rauma a été décimée par le Gyro. Empoisonnée à la roténone en 1993, elle a malheureusement été ré-infestée depuis. Il faudrait recommencer l’empoisonnement, mais cela coûte très cher. Une autre rivière du coin, la Henselva, a aussi été traitée, puis ré-infestée. Gyro, quelle plaie !

Nous prenons pensivement le chemin du retour. Le car s’engouffre dans un tunnel qui passe sous un fjord. Je lève machinalement la tête. La veille au soir à la tombée de la nuit, nous pêchions la morue en bateau exactement à cent mètres au dessus.

En Ecosse, menace de Gyro. En France, malgré une fausse alerte il y a quelques années à propos d’une espèce de Gyro autre que salaris, pas de grosse menace pour l’instant. Pourvu que cela dure.

Frédéric MAZEAUD

La rivière RAUMA en juin 2009, un cadre exceptionnel, traitée contre Gyrodactylus salaris en 1993 et réinfectée depuis...