Des nouvelles du 26e congrès de l’Ocsan, juin 2009, Norvège

Cette année, le 26e congrès de l’Ocsan s’est déroulé du 2 au 5 juin, à Molde, en Norvège. L’AIDSA, première organisation non gourvernemantale à participer à l’Ocsan depuis sa création, était représentée par Sylvie Tissier, Frédéric Mazeaud et Christian Vernes. Ci-dessous quatres premiers articles de F.Mazeaud, des nouvelles de l’Ocsan, ainsi que le communiqué de presse de l’Ocsan traduit par S.Tissier...

GROENLAND, la fin d’une légende ?

Le cru 2009 de l’assemblée générale statutaire de l’Ocsan marque un tournant dans la façon de penser des gens du saumon grâce aux premiers résultats du projet SALSEA.

SALSEA, ce sont d’importants moyens mis à la mer dans le cadre d’une coopération internationale qui a réuni financements publics et privés, avec l’idée arrêtée de savoir ce que deviennent les smolts et post-smolts de nos chères rivières une fois qu’ils ont gagné la haute mer, là où les stocks de tout l’océan atlantique se mélangent.

Des bateaux de pêche ont ainsi été affrétés, notamment des chalutiers équipés de poches de chalut spécialement aménagées pour le confort des poissons. Ces bateaux ont été envoyés dans tout l’Atlantique Nord, du Groenland au Spitzberg. Qu’ont-ils trouvés ? C’est simple, on s’en doutait déjà : il y a des saumons partout !

Parmi les captures, il y a des post-smolts et même des saumons plus vieux d’un an. Comme il s’agit d’une opération de grande envergure à laquelle participent plusieurs laboratoires océanographiques, une calibration inter-labos a été mise en place pour que les résultats soient comparables. Les prises ont été analysées d’une manière standard. Les comparaisons des contenus stomacaux, des parasites, des ADN, des otolithes, des isotopes, et on en passe... sont en cours, et on recommencera l’an prochain si on a assez d’argent. Pour l’instant, il manque seulement une bonne vingtaine de millions d’euros... Dommage, on aimerait savoir si les poissons sans adipeuse qu’on trouve au Spitzberg, à Jean Mayen ou en mer d’Irminger (une mer juste à l’Est du Groenland) viennent du même ruisseau.

On résume : il y a des saumons partout, dans tout l’Atlantique nord, et pas seulement dans les eaux de la côte ouest du Groenland où une légende les a confinés. En ce qui concerne les smolts français, on peut s’exprimer ainsi : vont dans les eaux internationales du Nord les futurs deux ou trois hivers de mer. Ne vont pas au Nord les futurs grilses et truites de mer. En reviennent : ceux qui le peuvent, sans que l’on sache dans quelle proportion, ni quel est le déterminisme qui régit leur migration ainsi que leur longévité en mer.

Dans les années 1990, des bateaux danois et polonais sous pavillon panaméen pêchaient des saumons dans les eaux internationales, notamment au Spitzberg. L’Ocsan avait, à l’époque, mis fin à leur pratique. Rien d’étonnant donc aux premiers résultats du projet SALSEA. Autre constatation : lorsqu’au début des années 1990, l’Ocsan a obtenu la diminution puis la suppression des quotas de pêche au saumon au Groenland et aux Féroé, on a conçu l’espoir qu’il s’en suivrait un accroissement des retours dans les rivières d’origine. Malheureusement, ce n’est pas le cas, et il faut chercher une autre explication.

Frédéric Mazeaud

AU MENU, que mangent les saumons dans l’Atlantique Nord ?

Admirables saumons ! Nos chers poissons font preuve d’une étonnante faculté d’adaptation en matière de régime alimentaire. Les post-smolts capturés dans le cadre des chalutages pilotés par SALSEA ont des contenus stomacaux variés, selon les années et aussi selon leur lieu de capture.

Voici par exemple un post-smolt de deux livres. On dirait un gardon tellement il est ventru, et ce ne sont pas moins de vingt capelans (Mallotus villosus) qu’on lui sort de l’estomac.

Ailleurs, un autre sujet présente le même profil, mais ce sont des Crustacées - Amphipodes (comme les gammares et talitres), des Parathemisto, dont il s’est goinfré. Les saumons, très opportunistes, ne se laissent pas mourir de faim.

Tout ne va cependant pas pour le mieux. Au sujet des poux de mer, les poissons sont de moins en moins sensibles à l’ivermectine, le traitement traditionnel qui tue les larves. De plus, un très grand nombre de post-smolts capturés en haute mer sont parasités par l’Anisakis (ver nématode), ce que les anglais appellent le « red vent syndrom ». Ces poissons exhibent une zone anale gonflée et sanguinolente. A l’autopsie, on trouve dans les tripes ainsi que dans les muscles une pléiade de vers. Les migrateurs ne semblent pas trop souffrir de la parasitose, mais ils la ramènent dans leur rivière natale où, pour l’instant, elle n’a pas trop l’air de se répandre.

La faute à qui ? Sans doute à la prolifération des phoques qui servent d’hôte final au parasite, après quoi ils infestent avec les œufs la chaîne alimentaire, notamment les petits Crustacées.

Les saumons n’ont pas l’exclusivité de la maladie qui touche tous les poissons nordiques, à commencer par les morues. Des cas de parasitose humaine ont aussi été décrits : pêcheurs, raison de plus de remettre vos poissons à l’eau !

SAINT-PIERRE ET MIQUELON, rien de nouveau...

Il se prend plus de saumons autour de ces petits tas de cailloux perdus dans l’Atlantique Nord, au sud de Terre-Neuve, que dans toute la France Métropolitaine.

Ceci inquiète fort les pays voisins, Canada et USA, qui se disent que ces saumons sont à eux puisqu’il n’y a pas de rivières à saumons à Saint-Pierre et Miquelon.

Canada et USA protestent donc depuis vingt ans auprès de l’Ocsan pour que l’on fasse quelque chose, mais quoi ? Depuis deux ou trois ans, la station Ifremer « fait des recherches » qui consistent à mesurer et à peser quelques saumons, ce qui ne sert à rien, sinon à justifier la présence d’une déléguée officielle de la France, pleine de bonne volonté, mais sans moyens.

Lors de la session 2009, l’Ocsan a adressé à la France une lettre officielle de protestation.

Votre serviteur, délégué de l’AIDSA, a fait remarquer en coulisse que cette lettre, la dixième du genre, ne servirait à rien tant qu’on ne poserait pas à l’Ifremer les bonnes questions avec prière d’y répondre expressément. Il s’est même fendu d’un résumé de quelques lignes précisant ces questions : Quelle est la structure de la population des saumons capturés ? Un ou deux hivers de mer (lecture des écailles) ?

A quel état de maturation sexuelle ? A évaluer par le « rapport gonosomatique ». Coût de cette recherche : insignifiant. Opérateur : local.

Quelle est l’origine des saumons ? Il faut faire l’analyse ADN. L’opérateur local enverra des prélèvements à un laboratoire spécialisé disposant d’une base de données : c’est la vocation de SALSEA, et la France n’a qu’à financer ce travail précieux. Avec cinquante analyses, d’ADN, on aura déjà une très bonne idée de la réponse.

Lorsqu’on commencera à savoir, quoi faire ? Inutile de payer les pêcheurs de Saint-Pierre et Miquelon pour qu’ils cessent de pêcher car ils prendront l’argent et continueront de pêcher « la morue », et ce qu’on pourra attraper d’autres avec, des saumons par exemple.

Il est probable que les saumons viennent de Terre-Neuve (à vérifier par l’ADN). C’est avec Terre-Neuve qu’il faut développer une coopération compensatoire sans que cela soit le prétexte à augmenter la pression de pêche au saumon.

Quant à créer une population autochtone dans les ruisseaux de Saint-Pierre et Miquelon, inutile d’y songer... Votre serviteur précise qu’il est l’auteur d’une mission d’évaluation du problème du saumon à Saint-Pierre et Miquelon, mission qui remonte à l’année... 1981.

VIRUS, du nouveau...

Le virus nouveau est arrivé ! Il s’agit du virus de l’anémie infectieuse du saumon. Ce virus endémique a fait un petit tour par la Norvège avant de venir exploser dans les 550 cages chiliennes grâce au hasard du transport de matériel non désinfecté. Et là, catastrophe ! Non seulement les poissons en pâtissent, mais avec eux tous ceux qui en vivent. La grande multinationale du saumon, Marine Harvest, a déjà licencié 15 000 personnes en attendant mieux, au point qu’un plan saumon chilien de sauvetage de la ressource est à l’étude.

Rappelons que la Norvège produit officieusement sept ou huit cent mille tonnes annuelles de saumon et que le Chili vient immédiatement après, avec pas loin de quatre cent mille tonnes. On mesure l’étendue des dégâts en pensant que l’essentiel de la production chilienne est exporté vers les USA qui devront donc se fournir ailleurs. Au Royaume-Uni (150 000 tonnes) ou au Canada (100 000 tonnes) par exemple. Avec une valeur moyenne de 5 €/kg, bon an mal an, départ bassin.

Petit détail qui chatouille immanquablement les pauvres défenseurs du saumon que nous sommes : nous savons que l’aquaculture a un impact souvent très négatif sur les populations sauvages de saumons auxquelles elle transmet les dernières nouveautés en matière d’épidémie ou de vermine.

Evidemment, il n’y a pas de population sauvage native du Chili. Il n’empêche, une pandémie est vite arrivée par des moyens mystérieux. Pourvu que ce ne soit pas une grippe !

Frédéric Mazeaud

Le communiqué du Nasco, le North Atlantic Salmon Conservation Organisation à l’occasion de son 26e congrès annuel, Molde, Norvège, du 2 au 5 Juin 2009

La conservation des stocks de saumons sauvages dans l’Atlantique Nord : Dans le contexte du déclin continu des stocks de saumons dans l’Atlantique Nord, les délégués se sont réunis pour la 26e réunion annuelle du Nasco (Ocsan) en Norvège, celle-ci possédant le plus grand stock de cette l’espèce. La réunion a été ouverte par Heidi SORENSON, le Secrétaire d’Etat de l’Environnement Norvégien, qui a insisté sur l’importance du saumon sauvage en Norvège et le rôle du Nasco qui met en lumière les nombreux problèmes qui impactent cette espèce si particulière.

Malgré de larges réductions dans l’exploitation, ainsi que la mise en place de mesures de conservation dans tous les pays concernés, le déclin du saumon sauvage continue. Celui-ci est désormais attribué principalement à la baisse de la survie en mer lors de la phase marine de sa migration.

Le saumon en mer : Le projet SALSEA (étude du saumon en mer), projet lancé en 2006 par le Nasco pour enquêter sur le mystère de la vie marine du saumon, a révélé des nouvelles encourageantes. La première expédition de SALSEA dans l’océan pour prélever des saumons est intervenue en 2008 et avec des techniques modernes, empreintes génétiques, pour déterminer les rivières d’origine. Pour la première fois le saumon peut être suivi tout le long de son voyage depuis les zones de nourrissage du Groenland et des Féroes. D’autres expéditions dans le Nord-Ouest et le Nord-Est de l’Atlantique, ainsi que dans la mer Irminger pour étendre les recherches, sont prévues en 2009. Afin d’aider SALSEA un programme plus étendu d’échantillonnage à l’Ouest du Groenland a été adopté. Il opérera dans le cadre habituel de la pêche. Pour plus de détails voir www.salmonatsea.com.

Mesures de régulations pour les pêcheries au large : Une mesure pluriannuelle a été acceptée pour la pêche du saumon à l’Ouest du Groenland. Le quota commercial est maintenu à zéro pour la période 2009 à 2011. Les représentants des îles Féroes ont également accepté de prolonger l’accord existant et de ne pas pêcher en 2010. Il n’y a pas eu de pêche de saumon aux Féroes depuis l’année 2000. Le Groenland et les Féroes insistent cependant sur le fait que ces mesures ne compromettent pas leurs droits historiques de pêche.

Gestion des pêcheries, restauration des habitats et aquaculture : Dans le cas des projets (voir www.nasco.int) le Nasco a accepté de ré-examiner les accords et orientations sur les trois sujets. Au cours de la réunion les délégués en ont accepté les grandes lignes concernant la gestion des pêcheries de saumon. En ce qui concerne la restauration des habitats dans les rivières d’origine ceci fera l’objet d’un débat en 2010, et une étude complète des mesures à prendre pour réduire l’impact de l’aquaculture sur le saumon sauvage aura lieu en 2010-2011. La Norvège a également annoncé un agenda de consultations concernant de nouvelles régulations pour les pêches côtières qui interceptent les saumons d’autres pays.

L’aquaculture : Le Nasco a reçu un rapport de l’Association Internationale des Fermes de Saumons (ISFA) qui indique les meilleures pratiques et mesures pour réduire l’impact des saumons échappés des fermes et celui des poux de mer sur les saumons sauvages.

Le rapport complet du 26e congrès peut être consulté sur www.nasco.int.

Arni ISAKSSON, Président du NASCO, a déclaré : « Le Nasco est la seule organisation inter-gouvernementale dédiée au saumon sauvage. La co-opération que conduit le NASCO entre les Gouvernements continue, les Organisations non gouvernementales et tous ceux qui gèrent cette précieuse ressource, est la seule voie pour que nous puissions conserver et restaurer les stocks de cette espèce symbolique pour les générations futures. »

Notes - Le Nasco est une organisation inter-gouvernementale, crée en 1984, siégeant à Edimbourg (Ecosse-GB). Ses objectifs sont la conservation, la restauration et une gestion rationnelle des stocks de saumons sauvages de l’Atlantique. Les parties contractuelles de cette convention sont : le Canada, le Danemark (pour les Féroés et le Groenland), l’Union Européenne, l’Islande, la Norvège, la Russie et les USA. Il y a 35 organisations non-gouvernementales, observateurs accrédités par l’Organisation.

Crédit photos et traduction du communiqué par S.Tissier