Les suites du séminaire de l’AIDSA « le saumon rentre en Seine »

Fin 2006, l’AIDSA organisait un séminaire « le Saumon rentre en Seine » : Acte 2 en 2009 ?

Dans ce dossier : la retranscription de la fiche de Presse de l’Inra du 5 août 2009 " Analyser le retour du saumon dans la Seine, quels enseignements pour la gestion des rivières ? ", puis, le point de vue de l’AIDSA " Des saumons dans la Seine, évaluer les programmes", et enfin le bilan du séminaire de l’AIDSA de 2006...

« Analyser le retour du saumon dans la Seine, quels enseignements pour la gestion des rivières ? »

Le saumon atlantique appartient depuis le début des années 1990 à la liste des poissons menacés d’Europe. Conséquence de multiples facteurs, la régression progressive de cette espèce depuis le XVIIIe siècle a conduit à la disparition du saumon dans plusieurs grands bassins fluviaux français. Depuis les années 2000, des captures de ce poisson ont été réalisées dans la Seine. Les chercheurs de l’INRA, en collaboration avec l’Onema et le Cemagref, ont été sollicités pour confirmer cette présence et analyser l’amplitude du phénomène. Ils ont par la suite réalisé diverses analyses sur un échantillon de sept saumons adultes, dont les résultats sont aujourd’hui disponibles.

Le saumon, un poisson menacé en Europe

Le Saumon atlantique (Salmo salar L.) est considéré comme une espèce en danger et appartient depuis le début des années 1990 à la liste des poissons menacés d’Europe. Une telle situation résulte d’une diminution de l’aire de distribution, d’une baisse d’abondance des populations et s’accompagne d’une modification de l’histoire de vie de l’espèce avec notamment un raccourcissement des temps de générations. Ces modifications sont la conséquence de la multiplication des obstacles, de la canalisation des cours d’eaux et de la baisse de la qualité de l’eau suite aux rejets industriels, agricoles et domestiques. A ces facteurs, s’est ajouté très récemment l’impact du changement climatique.

Les poissons disparus de la Seine

Dans ce contexte, la France n’a pas fait exception à ce déclin général. La régression progressive du saumon date du milieu de XVIIIe siècle et a conduit à la disparition de l’espèce dans la plupart des grands bassins fluviaux comme la Seine, le Rhin, la Garonne et la Dordogne. Historiquement, la Seine était un fleuve colonisé par une abondante population de saumons. Cette population était constituée de gros poissons de plusieurs hivers de mer dont le poids moyen était de 10 kg. La période de migration s’étendait de décembre à juin. Les zones de reproduction les plus importantes étaient localisées dans le bassin de l’Yonne. L’aménagement de la rivière et l’augmentation de la pollution ont conduit à l’extinction de l’espèce au début du 20e siècle. La Seine a certainement été le fleuve français le plus pollué subissant dans les années 1960-1970 de longues périodes de faibles à très faibles teneurs en d’oxygène dissous sur la partie aval et au niveau de l’agglomération parisienne, réduisant très fortement le nombre d’espèces de poissons présentes.

Le retour du saumon, signe positif de la qualité des eaux

Depuis les années 1990, la qualité de l’eau de la Seine s’est fortement améliorée, notamment grâce aux efforts de traitement des effluents, ce qui s’est traduit par la recolonisation de nombreuses espèces appartenant à la communauté historique de poissons migrateurs, dont le saumon atlantique. En effet, depuis le début des années 2000 des adultes sont capturés par pêche à la ligne et lors des programmes d’inventaire des espèces de poissons et de contrôle de la qualité de l’eau. En 2008, 260 poissons ont été observés par vidéocomptage dans la passe à poisson du barrage de Poses, située en amont de Rouen.

Les résultats des analyses des saumons de la Seine

Dès les premières captures, les chercheurs de l’INRA (en collaboration avec l’Onema et le Cemagref) ont été sollicités pour confirmer la présence de l’espèce sur la Seine. Ces chercheurs ont par la suite réalisé une première analyse des caractéristiques biométriques (taille, poids), démographiques (âge) et génétiques (utilisation de marqueurs microsatellites) d’un échantillon de sept saumons adultes. Les saumons adultes analysés mesuraient entre 56 et 97 cm pour un poids compris entre 1,3 et 7 kg. 50 % d’entre eux étaient âgés d’un an d’eau douce (temps de séjour du jeune saumon en rivière avant sa descente en mer). Quatre d’entre eux étaient des castillons (individus à court séjour marin soit un an et demi en mer), deux étaient des petits saumons de printemps (deux ans en mer) et le dernier était un grand saumon de printemps (trois ans en mer).

L’origine de ces poissons a été déterminée par analyse génétique en la comparant à une collection d’échantillons de référence issus de 34 populations françaises ainsi que de stocks du Royaume-Uni et de Scandinavie. Cette analyse d’assignation montre que ces saumons semblent avoir des origines diverses. En effet, ils s’apparentent soit aux stocks de rivières de Basse-Normandie (rivières proches), soit à des stocks de bassins plus éloignés comme l’Allier ou des rivières étrangères. Ces analyses suggèrent également qu’il pourrait exister un " embryon " de population spécifique de la Seine, provenant soit d’une population relictuelle, soit de croisements récents entre sujets de diverses origines. Ce travail réalisé sur la Seine est par ailleurs intéressant à deux égards. D’une part, contrairement à d’autres grands bassins fluviaux où l’espèce avait aussi disparu, aucun poisson issu d’élevage n’a été déversé dans la Seine depuis 1895. Une amélioration de la qualité de l’eau et de l’habitat pourrait donc suffire à rendre la Seine, ou toute rivière, attractive pour les saumons des cours d’eau proches. Ceci indique que le repeuplement ne doit pas être considéré comme une méthode incontournable de gestion et qu’une restauration de l’habitat peut être privilégiée. D’autre part, la présence de poissons d’origines diverses confirme les conclusions de travaux antérieurs menés à l’INRA qui montrent que le " homing " (retour à la rivière natale) du saumon atlantique ne peut être envisagé trop strictement dans le cas de cours d’eau proches. En effet, des divagations peuvent être relativement fréquentes entre des rivières voisines.

Rédacteur : Service Presse INRA Contacts : Jean-Luc BAGLINIERE Jean-Luc.bagliniere@rennes.inra.fr

Ci-dessous le point de vue de l’AIDSA « Des saumons dans la Seine : Evaluer les programmes »

La présence de saumons dans la Seine est un phénomène naturel qui relève de l’Histoire. L’aménagement du modeste fleuve, la Seine, qui supporte la plus grosse agglomération, Paris, et à un degré moindre Rouen, est à l’origine de la disparition du saumon atlantique dans ce bassin. Les aménagements pour la navigation et la construction des grands ouvrages au niveau des têtes de bassins ont définitivement coupé la voie de migration vers les principales frayères de l’Yonne, de la Cure et du Cousin...

Il semble difficile d’imaginer l’existence d’une population relictuelle à partir des frayères originelles. Par contre, dans l’estuaire de la Seine, de Poses (25 km au sud de Rouen) à la mer, il n’est pas exclu que des rivières comme l’Andelle abrite des populations actives de saumon atlantique. Nous gardons le souvenir d’une pêche électrique en 1984 en aval du pont de Caudebec où la poignée de poissons capturés était des salmonidés.

Aujourd’hui la passe du barrage de Poses constitue un observatoire exceptionnel pour contrôler et analyser les saumons qui se font piégés. Cela donne les résultats très intéressants publiés par les collègues de l’Inra, du Cémagref et de l’Onéma.

Certes à la fois les débits et la qualité des eaux de la Seine, si l’on regarde les paramètres liés à l’oxygène dissous et à l’azote, se sont nettement améliorés, mais dans le même temps on interdit la consommation du poisson pour des teneurs trop élevées en PCB.

Les saumons analysés sont des saumons erratiques comme il en existe dans l’estuaire de la Tamise. Les 260 poissons analysés ont malheureusement peu de chances de contribuer au renouvellement des stocks.

Vouloir faire remonter ces poissons jusqu’à Notre-Dame de Paris, comme certains le souhaitent, est-ce pour annoncer des pêches « miraculeuses » ou pour leur donner le coup de « grâce » ?

Pour mémoire, au 18 septembre 2009, le nombre de saumons déclarés pêchés à la ligne en France s’élève au total à 648 individus (courtoisie Onema). Avec un effondrement des captures dans les rivières normandes, certains poissons s’étant peut être perdus en Seine.

L’AIDSA souhaite qu’une évaluation de la politique française du saumon soit réalisée avant d’engager de nouveaux programmes.

Il devient nécessaire d’établir, par grands bassins ou groupements de bassins (sans oublier les transnationaux), un bilan de l’efficacité et de l’efficience des programmes engagés (amélioration de la connaissance, repeuplement, circulation et suivi des populations, mesures de gestion, valorisation économique...) avec une comparaison inter-bassins des investissements consentis et des résultats obtenus.

A l’échelle nationale, ces programmes sont-il pertinents pour maintenir l’espèce, voire la développer ?

A l’échelle de nos bassins les mêmes programmes sont-ils cohérents avec les autres politiques et programmes engagés à l’échelle locale (agricoles, énergétiques...) ?

La population de saumon atlantique doit être soutenue partout. Evitons de mettre les bassins en compétition et privilégions le résultat.

Premier bilan du séminaire « Le Saumon entre en Seine - Acte 1 »

Les 24, 25 et 26 octobre 2006, le séminaire organisé par l’AIDSA, avec le soutien du ministère de l’écologie, de l’agence de l’eau Seine-Normandie et des Régions Haute-Normandie et Ile-de-France a réuni une cinquantaine de personnes successivement, sur l’Ile-de-la-Jatte à Paris (Levallois-Perret), puis à Poses (25 km au sud de Rouen), puis sur les hauts bassins de la Seine et de l’Yonne.

La première matinée, dans les locaux de la maison de la nature et de la pêche, est consacrée aux présentations et communications.

Michel GUERY, du bureau de la pêche à la direction de l’eau du ministère de l’écologie et du développement durable, introduit le débat et fait le point du projet de loi sur l’eau et les milieux aquatiques.

Michel HOLL, du Conseil supérieur de la pêche, et Nathalie EVAIN-BOUSQUET, de la Diren Ile-de-France, Diren de bassin, présentent une situation détaillée du bassin de la Seine et les points forts du Plagepomi, le Plan de gestion des poissons migrateurs, résultant des travaux du COGEPOMI. Le cadre proposé couvre la période 2006-2010, période est jugée favorable en raison de l’amélioration générale de la qualité des eaux notamment en aval de l’agglomération parisienne. Le plan propose par « territoire » un catalogue d’actions cohérentes et efficaces pour restaurer et gérer la ressource migrateurs. La stratégie générale est déclinée sur les trois territoires dans lesquels les objectifs fixés pour chaque espèce migratrice sont adaptés au sous bassin selon l’état actuel des stocks. Le programme avec ses cinq actions : rétablir la libre circulation, protéger et restaurer les habitats, repeupler, recenser les stocks, réguler leur exploitation, informer et communiquer, est estimé à 100 millions d’euros, dont 95 % sur la libre circulation.

Gilles EUZENAT, du Conseil supérieur de la pêche, rappelle les principaux points mis en avant par le programme Migr’en seine et les difficultés à surmonter pour atteindre l’objectif, notamment la dimension interrégionale du bassin : Haute-Normandie, Ile-de-France et Bourgogne à la fois force et faiblesse. Une première discussion intervient sur le thème de l’état des lieux avec la double reconquête de la qualité des eaux et de la libre circulation sur les affluents en basse Seine, sur le système Cure-Yonne, mais aussi sur l’axe Seine en lui même. L’existence de deux grandes zones de reproduction : Seine aval et système Cure-Yonne avec l’enjeux des opérations de piégeage-transport, à la montaison et à la dévalaison, qui rencontrent sur d’autres bassins, notamment sur la Garonne, des résultats variables. Enfin l’accent est mis sur la nécessaire mobilisation des partenaires : Etat et ses établissements publics, collectivités territoriales, propriétaires et le monde de la pêche.

Aïcha AMEZAL, de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, intervient pour présenter la démarche de l’Agence en faveur de la restauration des milieux aquatiques et des zones humides. Les actions figurant au Plagecomi sont aidées avec un taux majoré pour les travaux de restauration, de renaturation et d’entretien sur les masses d’eau où l’hydromorphologie est le facteur déclassant pour l’atteinte du bon état. Elle rappelle les modalités d’interventions et de soutien de l’Agence sur l’ensemble du bassin, selon trois objectifs prioritaires : la préservation des habitats aquatiques et de la biodiversité, la diversification des habitats et le fait de favoriser la biodiversité, enfin le développement de la continuité écologique à l’échelle des bassins versants. A noter que sur la période 2000-2004 l’Agence a financé l’effacement de 11 seuils et obstacles à la circulation, et depuis l’année 2000 la construction de 26 passes à poissons.

Olivier ROUSSELOT, du Syndicat interdépartemental d’assainissement de l’agglomération parisienne, présente les modalités d’intervention du syndicat pour améliorer et mieux connaître les paramètres de qualité des eaux. Il souligne les principaux progrès accomplis, notamment à l’aval de Paris, et les travaux importants engagés pour traiter les eaux pluviales et les déversements d’orage. Les inventaires piscicoles effectués montrent une nette progression du nombre d’espèces présentes, d’une douzaine au début des années 1990 à plus d’une vingtaine aujourd’hui, avec un indice poissons de rivière passant de la qualité médiocre à la qualité bonne, en quinze ans.

C’est en suite le tour de Jeremy READ, ancien directeur de l’Atlantic Salmon Trust (AST) de présenter la situation sur le bassin de la Tamise (250 km et 10 millions d’habitants et 16 000 km2), exposé de Darryl CLIFTON-DEY, de l’Environnement Agency. Les travaux de restauration y ont commencé dès 1979 sur le bassin de la Tamise et les résultats ont été rapidement significatifs. On note actuellement un infléchissement des retours de saumons, d’où la nécessité de continuer la démarche. Les actions portent sur la qualité des habitats notamment pour les juvéniles sur les différents tributaires, les pertes liées à la prédation, associée aux 37 écluses qui jalonnent le cours, les obstacles liés à la migration, et il ne faut pas sous-estimer les causes externes au bassin. Plus de 3 000 000 £ ont été engagés pour assurer l’accès aux frayères avec appel aux fonds récoltés dans le public et l’appui de fonds provenant de la loterie nationale.

Après une petite collation et une visite de la maison de la nature et de la pêche, l’après midi a été consacré essentiellement au débat et aux stratégies d’actions sur la période 2006-2015. Des craintes sont exprimées par les associations quant aux conséquences de l’application avec la directive européenne sur les énergies renouvelables, qui semble en contradiction avec celle sur la directive cadre sur l’eau -et l’atteinte du bon état- du fait notamment de l’équipement possible de nos cours d’eau de nouvelles installations hydroélectriques qui ne doivent pas constituer des contraintes supplémentaires à l’égard de la reconquête des axes migrateurs pour la montaison et la dévalaison des espèces.

Un exposé de Bernard BEAUDIN, responsable du développement et des relations publiques à l’Université du Québec qui connaît bien le problème du saumon et des rivières en restauration. Il a présidé la Fédération québécoise du saumon atlantique (FQSA), puis la Fondation de la Faune au Québec et soutenu nombre de projets de restauration des milieux humides avec notamment les projets de renaturation de la rivière Saint-Charles dans la ville de Québec. Il plaide pour une approche transversale des problèmes et la nécessité de renforcer la recherche, l’approche expérimentale et les démarches d’innovation.

L’AIDSA appuie cette démarche et souhaite conforter les échanges avec le Québec et les organismes traitant du saumon, avec une extension de cette coopération à la restauration du bassin de la Seine et le prolongement des partenariats sur les bassins de la Dordogne et de la Garonne notamment.

L’AIDSA propose de lancer ce que l’on pourrait appeler, l’appel de Montréal : « Les Cousins aident les Cousins », à l’occasion du passage du groupe à Montréal, petite ville fortifiée de Bourgogne, le 26 octobre. Cet appel vise notamment le soutien de la recherche et des échanges croisés avec le Québec sur la coopération technique, la formation et l’information du public.

Le 25 octobre a permis aux participants de se rendre sur la base de loisirs de Lery-Poses, au barrage hydroélectrique de Poses pour visiter la chambre de vision et discuter de la valorisation du dispositif sur le plan pédagogique.

Puis le groupe s’est rendu sur les rives de l’Andelle où se situent quelques sites potentiels pour la reproduction des saumons sur le secteur de la basse Seine. A Poses, un système de vidéo-comptage doit être mis en place en 2007. L’AIDSA propose par ailleurs de tester le piège et de procéder à sa rénovation. Il pourrait, à terme, permettre un piégeage de truites de mer et aloses et de transporter les premiers saumons sur des sites d’accueil existants, voire sur celui de la pisciculture de Vermenoux sur le haut bassin de l’Yonne.

Ce site, ex-pisciculture domaniale, gérée aujourd’hui par le LEGTA de Château-Chinon, pourrait être aménagé dans cette perspective. Elle possède déjà une expérience sur le saumon et a travaillé pour le projet de restauration de l’Arroux.

L’AIDSA propose de tester et d’améliorer, dès 2007 les dispositifs d’élevage du saumon pour produire des alevins déversés dans les sections amont et soutient les programmes d’échanges de stagiaires et de formation sur la gestion des milieux aquatiques et les opérations de restauration avec le Québec et le bassin de la Tamise.

Le groupe a également visité le site de l’abbaye de Fontenay, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce site a fonctionné comme pisciculture à truite pendant près de quarante ans. il pourrait fonctionner comme écloserie sur la base d’une convention et d’un programme à déterminer. Enfin, après une visite des rivières, la Cure et le Cousin, la discussion a porté sur le programme de découverte de la rivière qui pourrait être proposée aux guides de pêche pour une initiation au domaine salmonicole/truite/saumon sur la base de conventions pluriannuelles.

Les actes du séminaire sont disponibles, sur simple demande auprès de l’AIDSA, aidsa@free.fr ou sur www.aidsa.org.